Les Oreilles du Lièvre


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Les Oreilles du Lièvre.

Un animal cornu blessa de quelques coups 
Le Lion, qui plein de courroux, 
Pour ne plus tomber en la peine, 
Bannit des lieux de son domaine 
Toute bête portant des cornes à son front. 
Chèvres, Béliers, Taureaux aussitôt délogèrent, 
Daims, et Cerfs de climat changèrent; 
Chacun à s'en aller fut prompt. 
Un Lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles, 
Craignit que quelque Inquisiteur 
N'allât interpréter à cornes leur longueur, 
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles. 
Adieu, voisin Grillon, dit-il, je pars d'ici; 
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi; 
Et quand je les aurais plus courtes qu'une Autruche, 
Je craindrais même encor. Le Grillon repartit : 
Cornes cela? Vous me prenez pour cruche; 
Ce sont oreilles que Dieu fit. 
- On les fera passer pour cornes, 
Dit l'animal craintif, et cornes de Licornes. 
J'aurai beau protester; mon dire et mes raisons 
Iront aux Petites-Maisons.